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Interview

Salime Nassur

Photographie Salime Nassur

Ex Directeur marketing de Google France, entrepreneur et CEO de Maars

25 mai 2021

Salime se consacre désormais entièrement au projet maars qui vise à libérer le potentiel unique de chaque personne vers un changement positif et durable, qu’elle soit en entreprise ou non.



De pâtissier à Directeur marketing Google Cloud France, un vrai grand écart ?

En l’occurrence, je n’ai jamais été pâtissier, j’ai monté une chaîne de pâtisserie de luxe, ce qui n’est pas exactement la même chose. En effet, depuis toujours, j’adore apprendre de nouvelles choses. Et même si j’ai passé une grande partie de ma carrière dans des entreprises technologiques, j’aime explorer et disrupter, grâce à la technologie, de nouveaux secteurs tel que celui de la pâtisserie ou, comme aujourd’hui, celui du développement personnel.



Tu as un parcours pour le moins atypique. Peux-tu nous raconter ton enfance ?

Je suis né sur l’île de La Réunion, mais j’ai grandi depuis l’âge d’un an en banlieue parisienne. Je suis l’union d’une mère, chrétienne réunionnaise et d’un père musulman comorien. Enfant métis, handicapé (je ne vois pas de l’œil droit depuis ma naissance), aux parents sans argent, sans diplôme et aux religions et cultures différentes (africaine et occidentale), j’ai été élevé avec une vision du monde très large, teintée de tolérance, de bienveillance et d’humanisme. J’ai eu une scolarité assez classique. Comme je n’avais pas beaucoup d’argent, mais une forte volonté de m’en sortir et quelques facilités aussi je pense, j’ai toujours travaillé en parallèle de mes études pour pouvoir me les payer… À l’époque, j’étais très timide et introverti. Ça a bien changé depuis car j’ai énormément travaillé dessus. J’adorais lire. Je passais des heures au CDI et dans les bibliothèque. Cette curiosité du monde et un goût prononcé pour le business m’ont naturellement amenés à entrer dans une business school, l’EM Normandie, puis une autre, l’ESCP et enfin Standford. Depuis, je n’arrête pas de me former en continu.



Et sur le plan professionnel ?

J’ai créé à 23 ans, avec des camarades d’école, ma première entreprise - une web agency - qui est devenue la 1ere agence de communication interactive de Normandie. Elle à été revendue, en 2000, au Groupe Business et Décisions. Entre temps, j'ai été recruté dans l’équipe fondatrice de France Telecom Interactive, qui est ensuite devenu Wanadoo, puis Orange. J'ai monté l’offre de Wanadoo Pro. Puis, je suis entré en tant que responsable marketing chez Alcatel où je suis par la suite devenu Directeur Marketing d’Alcatel-Lucent France. J’ai également présidé le CMIT (Le Club des Directeurs Marketing de l’IT) pendant 3 ans. Au moment où Google me contacte en 2012, j’étais en train de préparer mon départ d’Alcatel-Lucent et je travaillais déjà sur le montage d’une nouvelle start-up. Dès mon 1er entretien chez Google avec leur CMO Monde, j’ai été convaincu par la fabuleuse opportunité qui se présentait à moi. J’allais rejoindre l’aventure naissante de Google Cloud et du cloud en général. Ayant un esprit d’entrepreneur, j’étais vraiment excité à l’idée de rejoindre une “start-up” dans l’une des entreprises les plus prestigieuses du monde. C’était incroyable, ça allait vite, très vite. J’étais au cœur du réacteur de la Tech. Les gens étaient motivés, d’un très bon niveau.



Ton passage chez Google, peux-tu nous en parler ?

J’ai passé de très belles années chez Google mais aussi des moins bonnes. En effet, j’ai vu des collègues se rendre malade pour le travail, partir en dépression et perdre petit à petit toutes leurs illusions, toutes leurs convictions, toutes leurs estimes d’eux-mêmes. En voyant ça, je me suis posé énormément de questions : Comment était-il possible de ne pas être épanoui alors même que ces salariés avaient, pour la plupart, toujours vécu dans un environnement privilégié… Et ce depuis leur plus jeune âge ? Pourquoi n’y avait-il pas plus de personnes issues de la diversité dans ces grosses entreprises technologiques ?
J'ai senti qu'il était temps pour moi d’agir.



Quels ont été les moteurs de ta motivation ?

Mon milieu social, mon handicap à l’œil, ma couleur de peau et mon prénom ne m’ont pas aidé, dans mon enfance, à avoir confiance en moi.... Puis un jour, à force d’avoir l’impression de gâcher mon potentiel, j'en ai eu assez d’être spectateur des injustices que je voyais autour de moi, voire sur moi. J'ai décidé de prendre les choses en main. J'ai arrêté d’en vouloir à la terre entière, et travailler sur moi pour me sortir de là. Et depuis, il ne se passe pas une semaine, pas un jour où je n’essaie pas de m’améliorer avec pour leitmotiv la devise de George Hebert : “Plus fort pour être utile”.



"Plus fort pour être utile" une belle devise! Comment te l'appliques tu ?

Tu connais sans doute les théories de cet officier de marine qui prônait une éducation intégrale englobant aussi bien les activités physiques que l'éducation morale avec des valeurs telle que la volonté et le courage. L’idée c’est de commencer d’abord par être fort soi-même pour ensuite pouvoir aider les autres… Et c’est vraiment ce que je m’efforce de faire depuis mon plus jeune âge.
Pour ça, j’ai lu beaucoup de livres pour mieux comprendre qui j’étais et comment le monde fonctionnait. J’ai réalisé des quantités d’expériences pour me pousser toujours plus loin, que ce soit sur des challenges professionnels que sur des challenges complètement dingues comme savoir combien de temps je pouvais rester sans dormir, ou combien de temps je pouvais rester sans manger… Des trucs utiles et d’autres un peu moins… Mais ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, je me connais bien mieux et je peux sans hésiter dire que je suis pleinement épanoui. Enfin presque… Je le serai vraiment complètement quand Maars deviendra un énorme succès. Car ma motivation principale aujourd’hui, pouquoi je me leve chaque matin avec enthousiasme ? C'est de trouver une solution pour rendre les gens plus épanouis. Quand on sait que plus d’⅓ de la population mondiale se dit ne pas être épanouie, il devient urgent de trouver des solutions. Ça fait des années que j’y réfléchi et avec Maars, je suis content d’avoir trouvé un morceau de solution au problème.



Aujourd'hui tu t'engages pour un profond changement de société. Peux-tu nous parler du projet Maars ?

Notre mission chez Maars est de libérer le potentiel unique de chaque personne pour un changement positif et durable, qu’elle soit en entreprise ou non. Et notre ambition est de ​devenir la première destination mondiale en matière de développement personnel en offrant des programmes personnalisés et abordables pour tous.

Maars, c’est l’acronyme des 5 piliers essentiels d’une vie épanouie :
Mission : pour trouver sa voie, sa raison d’être.
Autonomie : pour apprendre à apprendre et utiliser son plein potentiel.
Action : pour prendre les choses en main et savoir être proactif.
Relations : pour comprendre ses relations avec les autres, mieux vivre ensemble.
Santé : pour améliorer significativement sa santé physique, psychologique et sociale.

Maars, c’est aussi une communauté grandissante de personnes ambitieuses et bienveillantes à qui nous proposons sous forme d’abonnement :
-Des Challenges pour passer à l'action. Ça peut être pour développer sa confiance en soi ou pour mieux maitriser son temps.
-De la curation de contenu de qualité et exclusivement positif, car ce n’est pas simple de séparer le bon grain de l’ivraie.
-Des podcasts pour progresser autrement, dans les transports en commun, en voiture, à la maison, au bureau ou dans son lit.
-Dans les prochains mois, grâce à un algorithme que nous sommes en train de développer, nous offrirons à nos membres la possibilité de complètement personnaliser leur parcours d’apprentissage ainsi que le suivi de leur progression.



Quels leviers favorisent l'innovation et le travail en équipe ?

Il existe cinq dynamiques clés qui distinguent les équipes performantes et innovantes des autres équipes :
- la sécurité psychologique : afin que chacun des membre de l’équipe puisse prendre des risques sans se sentir en insécurité ou embarrassé.
- la fiabilité : qui permet à chacun de pouvoir compter les uns sur les autres.
- la structure et clarté : il est essentiel de définir clairement les objectifs, les rôles et responsabilité de chacun.
- le sens : est-ce que ce sur quoi nous travaillons est personnellement important pour nous ?
- l’impact : est-ce que mon travail est important ou est-ce un “bullshit job” ?

Lorsque l’on rajoute à cela, les 5 piliers de Maars (mission, autonomie, action, relations, santé), vous êtes assuré d’avoir une équipe innovante, performante et collaborative… En présentiel comme à distance.



La crise du coronavirus bouleverse nos sociétés. Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

En effet, cette crise bouleverse nos sociétés et la Société à plein d’égards.
Je me permettrai de citer ici Andy Grove l’Ex-CEO d’Intel : “Les mauvaises entreprises sont détruites par la crise, les bonnes lui survivent, les grandes entreprises en profitent pour s’améliorer.”
En d’autres termes, oui il y a de nombreux challenges à relever mais non ce n’est pas insurmontable. C’est toujours l’histoire du verre à moitié vide et à moitié plein.
Pour moi, la plus grande leçon à tirer de cette crise mondiale est que l’avenir appartient à ceux qui savent saisir les opportunités et se projeter dans le futur, en agissant dans le présent… et non à ceux qui continuent à vivre dans l’attente que tout redevienne comme “avant”.
Je trouve que l’on brûle encore beaucoup trop d’énergie à se plaindre et, à mon sens, pas assez à essayer de trouver des solutions, de faire changer les choses, les comportements.



Un mot à nous faire passer ?

Ça fait longtemps que j’ai compris que j’étais le seul capable de changer mon environnement direct. Je suis un fervent partisan du “si tu veux, tu peux”... Mais encore faut-il vraiment le vouloir.
Je crois que ce dont le monde à besoin aujourd’hui et plus particulièrement les salariés d’entreprise, c’est d’une vision, d’un modèle qui ait du sens, de croire en leurs rêves... Pour cela, il faut surtout comprendre qu’il faut se bouger, prendre ses responsabilités en toute autonomie pour passer à l’action.
Ça fait 25 ans que je le dis, malgré certains effets négatifs du digital, je continue à croire fermement que la technologie, lorsqu'elle est bien utilisée, peut être une véritable force pour l’entreprise, ses collaborateurs et, plus largement, pour l’humanité.



Si tu pouvais voyager dans le temps, que dirais-tu à l'enfant que tu étais ?

Question facile car j’y ai beaucoup réfléchi avant d’intervenir régulièrement auprès de jeunes issus de différents milieux. Les conseils que je donnerais à l’enfant que j’étais seraient donc exactement les mêmes que ceux que je donne aujourd’hui lors de mes conférences vers des cibles plus jeunes :
1. Vis pleinement ta vie, tu n’en n’as qu’une
2. La vie est injuste, et c’est tant mieux
3. Suis tes passions et tes rêves
4. Crois en toi, personne ne le fera à ta place !
5. Investis sur toi en permanence ! Apprends à apprendre et aime apprendre
6. Concentre-toi sur tes objectifs et ignore le reste
7. Just do it ! Ou just F------ do it !
8. Entoure-toi de bonnes relations
9. Donne plus que ce que tu reçois
10. Prend soin de ton corps et de ton esprit



Ça fait longtemps que j’ai compris que j’étais le seul capable de changer mon environnement direct. Je suis un fervent partisan du “si tu veux, tu peux”

Qu’aimes-tu dans le métier de conférencier international ?

Ce que j’adore dans ce métier, c’est de rencontrer et de m’enrichir de nouvelles personnes, de nouveaux métiers, de nouveaux secteurs d’activités, de nouvelles tendances. J’aime décrypter notre monde en profonde et rapide évolution et partager mes découvertes avec le plus grand nombre et pour voir opérer des changements durables dans les organisations. Lorsque je vois les réactions et les témoignages ultra positifs des collaborateurs des sociétés dans lesquelles j’interviens, j’ai l’impression d’être utile.
Croyant avant tout en l’humain comme vecteur de créativité et de progrès, j’aime challenger le statu quo et allumer la flamme de l’audace et de la créativité, pour (re)donner de l’énergie aux collaborateurs et, ainsi les aider à aller de l’avant, aussi bien dans leur vie personnelle que professionnelle. C’est pour eux, une bonne manière de retrouver de l’espoir, de l’envie et de tenter de nouvelles expériences.
Enfin, j’aime passer et faire passer un bon moment. Plus que jamais, dans un monde VUCA (vulnérable, incertain, complexe et ambigu) à l’avenir incertain, il est important aujourd’hui de souder et de dynamiser les équipes pour qu’elles se sentent pleinement épanouies.